La première fois que je me suis rendue sur Youtube pour chercher des conseils maquillage c’était en 2007. Il y a presque dix ans. Je ne me maquillais quasiment jamais et cherchais donc quelques bonnes astuces pour obtenir un maquillage digne de Beyoncé herself. Je suis rapidement tombée sur la chaîne de Michelle Phan désormais devenue prêtresse internationale de la mise en beauté sur la toile. On ne va pas se mentir aujourd’hui on tombe plus souvent sur des « tags », les « GRWM », les « room tour » et autres « mises au point » que des vidéos possédant un réel aspect « beauté ». En fait elles se font diablement rares.
Youtube est devenue une fourmilière telle qu’on ne compte plus les nouvelles recrues beauté déboulant sur le web chaque jour. Pas que j’ai une dent contre elles, j’ai moi-même un compte (pas tellement actif) et j’ai surtout aimé découvrir certaines d’entre elles quand le phénomène était encore à ses débuts. Ce que je regrette aujourd’hui c’est cette vague gigantesque d’uniformisation : les comptes, les vidéos, les attitudes, les contenus se ressemblent tous…
Celles qu’on retient ? Les plus suivies, les copines et les réseaux des plus suivies… Et de façon vraiment minoritaire celles qui se détachent des normes établies par la masse. Faisons un calcul simple : sur les cinq plus grosses têtes françaises du site seules deux produisent plus ou moins régulièrement des contenus vraiment orienté beauté avec des tutoriels coiffure ou maquillage, des revues précises de produits, des conseils concrets.
![]() |
- Les ressemblances ?
Aujourd’hui c’est bousculade de « Get ready with me (GRWM) », d’ « Ask », de « tags », de « favoris », de « room tours ». Chaque youtubeuse nous propose à intervalle régulier de découvrir le contenu de son sac, de se préparer avec elle pour aller aux toilettes, de faire une petite mise au point sur sa vie privée et son avenir sur le réseau social avec des foires aux questions. Des contenus pas tellement orientés beauté, assez génériques et plus ou moins les mêmes peu importe la chaîne sur laquelle on se trouve. Soyons claires, je n’ai rien contre tout ce déballage mais ce n’est pas tellement ce que j’attends quand je recherche un compté dédié à la beauté. Des revues détaillées sur les dernières nouveautés d’une marque, un tutoriel m’aidant a réaliser un chignon travaillé, à dessiner un trait d’eyeliner potable sont à mon sens plus appropriés. Sauf que dans la guerre des vues et des abonnées tout le monde se loge à la même enseigne : parce que produire quelque chose de déjà connu et populaire c’est se garantir des vues, des abonnées.
L’autre point frappant c’est la professionnalisation des contenus : éclairages, parapluies, reflex, musiques, logiciels de montage toujours plus élaborés. Chaque youtubeuse tente de mettre toutes les chances se son côté en rassemblant ces divers atouts pour produire le meilleur contenu possible. C’est très bien, c’est agréable, mais ce n’est pas indispensable. J’ai plutôt l’impression de voir un passe temps autrefois authentique se transformer en une véritable petite entreprise dans la course aux vues. Une avalanche de fondus, d’émoticônes, ou de musiques à la mode ne me fera pas oublier un contenu pas tellement qualitatif derrière un vernis esthétique. Et la vague n’est pas prête de s’arrêter quand je vois des adolescentes de 12 ans réclamer un reflex à noël pour pouvoir se filmer dans leur chambre.
Enfin la tendance qui me fait carrément flipper ces derniers temps : l’arrêt des études et l’étalage grandissant de sa vie privée. J’admets que c’est une tendance que l’on remarque principalement chez les plus suivies ; celles qui ont les plus gros partenariats avec les marques et les chaînes de télévision. Celles qui peuvent temporairement « se le permettre ». Evidemment chacun fait ce qu’il veut de sa propre vie et j'admire la réussite de certaines d'entre elles mais je trouve souvent dangereux de transmettre ce type de message et de parcours à des abonnées pour la plupart très jeunes et encore en plein apprentissage scolaire. Si pour certaines un métier consiste à passer ses journées sur son canapé à monter une vidéo, filmer son repas, ses achats ou encore faire ses courses dans le centre commercial du coin c’est relativement effrayant et pas ce que j’appelle un exemple. Et ce n’est pas non plus ce qui devrait faire rêver les plus jeunes.
Du coup je me suis "amusée" a faire quelques petits calculs et graphiques basés sur les 20 dernières vidéos de cinq youtubeuses beauté connues et particulièrement suivies. Voici ce que ça donne :
![]() |
Oui vous lisez bien, deux personnes seulement produisent 79% du contenu beauté... |
- Mais alors qu’est-ce qu’on perd ?
La plus grande perte ? L’authenticité ! Tous les détails sont travaillés et contrôlés au millimètre près : le rythme des publications, la séparation des contenus (chaîne de vlog / chaîne beauté), le montage, l’arrière plan (j’hallucine encore devant les « pièces youtube »), la tenue… On peut également suivre avec une facilité déconcertante les campagnes marketing des marques. Une vague de revues sur les produits the body shop en février, la nouvelle collection de too faced en mars, les voyages sponsorisés chez Disneyland en avril… sur une bonne vingtaine de chaînes en même temps. On sent bien que parmi les plus suivies un rendement de la vidéo a lieu, tous les paramètres sont mis en place pour obtenir le plus de visibilité et de partages possibles. J’entends bien que le discours et la passion derrière tout ça est sincère chez la plupart des filles mais cette normalisation de leur activité l’est beaucoup moins.
Ce que je regrette également et que je désignais plus tôt c’est la perte de contenus réellement dédiés à la beauté. Les tutoriels coiffure, maquillage, nail art, les conseils et les revues se font assez rares. Je ne me tourne plus du tout vers Youtube pour les trouver mais vers les blogs plus spécialisés, moins visités, encore pour la plupart authentiques. Personnellement savoir ce que Youtubeuse 1, 2 et 3 vont répondre au tag « I love Spring » ne va pas m’apporter grand chose.
En découle directement… la fin des contenus originaux. Les tags se partagent plus vite que la dernière sextape de Paris Hilton, les contenus sortant du lot sont noyés sous la masse des « hauls », le qualitatif effacé dernière le grand déballage. Je n’ai rien contre le partage, je regrette simplement qu’il ne soit pas plus intéressant. En fait si vous recherchez réellement des contenus originaux tapez dans les chaînes des youtubeuses "historiques" n'ayant pas décidé de prendre le train de l'uniformisation ou celles cherchant vraiment à partager leur passion.
![]() |
Youtubeuses beauté hein ? |
- A qui la faute ?
D'une part les marques qui se sont emparées du phénomène des youtubeuses à juste titre. Tout le monde y gagne, les filles peuvent tester les nouveautés et les entreprises gagnent en visibilité et se reposent sur leur influence. Dans les deux cas chaque partie n’a pas tort de se servir de l’autre sauf que désormais tout est tellement visible que nous ne faisons plus confiance ni à l’une ni à l’autre. Et dans ce domaine Youtube est loin d’être le seul canal concerné.
Et l'autre responsable, celui qui est le plus difficile à maîtriser : l’effet de groupe. Vous trouverez peu de nouvelles chaînes beauté ne possédant pas leur « Challenge », « Une journée avec moi », « Tag » pas forcément lié à un contenu esthétique. Et pour cause c’est devenu la norme, les plus « grandes » l’ont fait il faut donc suivre l’exemple pour fonctionner. C’est normal, indispensable pour être considéré comme faisant partie du groupe. Là encore les gens font bien ce qu’ils veulent mais quand les contenus de ce type dépassent les vidéos réellement axées beauté je pense qu’on peut se passer de la mention « beauty » ou « beauté » dans son pseudo/titre.
En bref Youtube évolue, les attentes de son public aussi, la mode se répand et c’est normal. Est-ce qu’on gagne en qualité ? Je n'en suis pas sûre.