Prenez une histoire d’agression sexuelle, une jupe, un article racontant les faits et les commentaires sur ce dernier. Disposez-les dans un sac, mélangez le tout et vous obtiendrez une belle histoire de Slut-shaming.
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| Source : Slutwalk France |
Slut-shaming : consiste à faire se sentir coupable ou inférieure une femme dont l'attitude ou l'aspect physique seraient jugés provocants ou trop ouvertement sexuels, qui cherche à se faire avorter, ou même qui a été violée.
Si je fais appel à tous ces éléments c’est parce que cette semaine j’ai été bouleversée par un témoignage (malheureusement un parmi des milliers) racontant l’agression de la blogueuse et ex rédactrice de Madmoizelle : Jack Parker. Comme si une première agression sexuelle ne lui avait pas suffit l’an dernier, un homme s’est chargé de lui faire revivre une nouvelle expérience dégradante et violente dans le métro parisien. En entrant dans la rame elle n’a pas vu l’homme qui se tenait derrière elle et qui s’est permis pendant le trajet de glisser ses doigts dans son entrejambe. Heureusement pour elle, Jack Parker a de bons réflexes et s’est justement permis de se défendre en rappelant à l’aide de ses poings au quadra mal intentionné qu’il était hors de question qu’il poursuive son exploration plus longtemps et sans permission.
Si l’acte en lui même est déjà hautement révoltant ce qui m’a le plus choquée a été la publication de commentaires signifiant clairement à l’auteur qu’elle était mal placée pour venir se plaindre et qu’elle aurait mieux fait de faire attention à sa tenue vestimentaire. Pire, elle aurait même dû s’y attendre. Au lieu d’être soutenue et réconfortée face à l’attaque qu’elle a subie, Jack Parker s’est donc fait fustigée par un certain nombre d’internautes lui reprochant son attitude (de s’être défendue) et sa tenue vestimentaire. On pourrait même aller plus loin, je crois qu’on lui a reproché d’être femme.
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| Encore plus de magnifiques témoignages d'étroitesse d'esprit par ici |
Ce qui me surpasse dans l’absurdité et la violence des propos tenus par tous ces hommes visiblement mal informés sur la « bonne » conduite a avoir avec une femme (ou même un être humain en général) c’est leur discours quasiment uniquement basé sur la tenue de la victime. Elle était en jupe.
Drame.
Alors oui mesdames sachez que porter une jupe ou une robe vous rendra responsable de tous les regards se portant sur vous, des mains voulant éventuellement s’aventurer un peu plus avant ou bien des attouchements sexuels qui en découleront. Si vous aimez porter des pantalons, des leggings des shorts ne vous imaginez surtout pas épargnées. La responsabilité d’être une femme conviendra également pour vous incomber la peine de « provocation ».
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| "Judgments" par Rosea Lake |
Dans toute cette histoire l’être humain n’est pas pris en compte. La femme n’est pas vue comme un être capable de sentiments, d’émotions en tous genre ou encore responsable d’elle même. Elle est une jupe. Une jupe qui symbolise sa féminité et envoie un signal. Son corps n’est qu’un produit, un objet mis en valeur par un vêtement qui devient le média d’information sensuelles, sexuelles, d’appel au rapprochement. C’est en tout cas le discours tenu par plusieurs internautes à la suite de la publication du témoignage de Jack Parker. Pour ces hommes, elle n’aurait pas dû s’habiller de la sorte si elle ne voulait pas faire face aux conséquences, elle n’avait qu’à assumer ses choix vestimentaires, s’effacer derrière le message qu’elle représentait. Elle était coupable, son agresseur ne pouvait donc que craquer face à tant de tentation, il n’a agit qu’à cause d’elle. Qu’en conclure ? Parce que je porte une jupe je mérite qu’on me touche ?
Ces réflexions absolument déplacées et incorrectes me révoltent d’autant plus que dans mon quotidien et dans celui de pas mal d’entre nous, femmes de tous âges, nous finissons par le « cautionner » par lassitude ou par peur. Evidemment j’utilise de GRANDS guillemets quand j’écris que nous « cautionnons », je veux dire par là que par crainte nous finissons par nous adapter au comportement anormal pouvant exister avec le port de la jupe ou de la robe. J’ai cette semaine (et comme la plupart du temps) voulu me mettre en jupe, le temps étant encore frais j’ai agrémenté le tout d’un blouson dévoilant ma jupe. Une fois en bas de chez moi en m’apercevant dans le miroir du hall d’entrée j’ai constaté que ma jupe était bien visible et qu’elle risquait de me poser problème lors de mon retour dans la soirée en métro. Pourtant l’ensemble n’était pas vulgaire, la jupe n’était pas particulièrement courte, ni colorée, la tenue plutôt passe partout mais par peur de subir les regards, les mots, l’éventuelle agression je suis remontée chez moi pour choisir un manteau plus long.
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| "La nuit dans le métro, 8 personnes sur 10 sont des hommes" Source : Projet Crocodile |
Certains après d’être fais surpris ou remis en place nous reprochent parfois de ne pas voir à travers ces gestes un acte de flatterie, que nous devrions nous sentir chanceuses d’être appréciées par la gent masculine. En plus de nous habiller pour provoquer nous sommes taxées d’ingrates et de pauvres femmes n’acceptant pas les compliments ou n’ayant pas d’humour. Qui n’a d’ailleurs jamais eu droit au très classique « Hé t’es charmante » suivi du très célèbre « Non mais en fait t’es moche ». Oui les filles notre rôle est d’accepter la flatterie, l’appréciation générale d’hommes sans conscience de l’autre.
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Et c’est là qu’on touche à l’un des plus grands problèmes de notre société, l’un de ceux qui contribue à l’énorme clivage homme-femme, celui qui touche à l’identité, à l’estime de soi.
On décrit souvent une femme « féminine » comme une femme qui prend soin d’elle : elle se maquille, elle se coiffe, porte des robes ou bien des jupes ou encore des décolletés. Si elle veut être plus sensuelle ou « sexy » elle va même oser les chaussures à talons, porter du parfum laissant une « trace » sur son passage, elle se permet peut-être du rouge à lèvres rouge qui va attirer l’attention, la mettre en valeur. Visuellement elle plait et va répondre au cahier des charges de l’image « féminine et sexy » correspondant à la majorité des hommes. Si elle n’y répond pas elle sera une prude, une timide, une femme qui ne mérite pas leur attention, un être humain qui n’est pas une femme.
Mais voilà, si une femme se permet de mettre en valeur sa féminité ou bien les parts d’elle qui lui plaisent ce n’est pas pour le bonheur de la gente masculine. Si j’aime porter des jupes ou des robes c’est parce que je trouve qu’elles me vont, parce que ça met en valeur mes jambes, que je me plais dans ces vêtements, je n’ai pas nécessairement besoin du regard d’un homme pour me plaire.
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| Source : hannamade.wordpress.com |
La femme, à travers l’histoire de Jack et les commentaires en découlant, devient responsable du regard de l’homme, elle attire son attention. Elle cherche son attention.
J’ai envie d’hurler que NON. Non la femme n’est pas responsable du manque d’éducation ou de maîtrise que des hommes faibles et mal attentionnés peuvent avoir. Il est grand temps d’arrêter de culpabiliser la femme et de vivre sous la tension et les règles de « bonne conduite » établis par ces hommes pour ne pas subir leurs attaques. J’estime avoir le droit de m’habiller comme il me chante, d’attirer l’attention ou non sans avoir à subir les pulsions de personnes n’ayant aucun respect pour l’être humain.
J’en ai marre de lire ou de voir des reportages racontant comment des jeunes femmes ont mis fin à leurs jours à cause de la pression et des reproches qui pesaient contre elles à cause d’un comportement ou d’une tenue vestimentaire. Combien de femmes (souvent aux Etat-Unis) ayant été tenues responsables du viol qu’elles avaient subit parce qu’elle étaient alcoolisées ? Combien de femmes mises en cause par l’opinion publique parce qu’elles reprochaient aux hommes de s’être comportés de façon anormale avec elles alors qu’elles étaient en robe (courte d’autant plus) ? Que penser de la femme et bourrée et habillée en robe se faisant agresser ? Ici l’homme n’est jamais vraiment remis en question, il est presque excusé de son comportement puisque la femme lui offrait tous les signes, tous les appels à la tentation.
Alors qui tenir pour responsable dans tout ça ? L’éducation des êtres se permettant ces gestes ignobles ? L’hypersexualisation dans les médias, les films, les séries, la musique ? La notion de « respect » en totale perdition ? Une liberté d’action exacerbée ? Les modes vestimentaires diverses et variées ?
Je pense qu’il est ici nécessaire de revoir la notion de respect de l’être humain, de traiter les hommes et les femmes comme des être responsables capables de réflexion, de recul et de respect mutuel. Il n’est plus possible de voir la femme comme un objet ou un vagin et il n’est plus envisageable pour toutes les femmes de voir l’homme comme un animal incapable de maîtrise de soit. Les moeurs doivent changer, les humains réapprendre à vivre en société.
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